Tant mieux pour le sud

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Multifacette, le sud de La Réunion a le vent en poupe. Vagabondages.

Dites à n’importe quel quidam que vous habitez le sud de l’île et vous aurez droit immédiatement à une paire d’yeux ronds façon lémurien surpris la patte dans un bocal de confiture de jaque. Dans le regard, un mélange d’étonnement (c’est si loin vu d’ailleurs, question d’ethno-centrisme nordien) et d’admiration béate.

Pourtant, 35% de la population réunionnaise a déjà fait de cette partie de l’île particulièrement verdoyante et contrastée, sa villégiature.

Depuis une quinzaine d’années, la mode est au Sud. Indéniablement. C’est comme ça.

On ne le doit pas au spectre d’une bidépartementalisation avortée.

Pas spécialement non plus à Nino Ferrer. Pas plus qu’à Gilbert Pounia, Thierry Gauliris, Bernard Joron ou à la regrettée Madame Baba

Le rêve malgré la pauvreté.

Si le sud le vaut bien, ce n’est dû à la barbe de Michel Fontaine, l’homme politique le plus puissant de la région ni aux moustaches volontaires de Patrick Lebreton ou aux frasques politiques à répétition d’un inaltérable André Thien Ah Koon.

Est-ce lié alors au fait que les Saint-Joséphoises ont cette réputation difficilement vérifiable de compter parmi les plus belles et sulfureuses tantines de l’île ? Que nenni!

Si le sud fait rêver – malgré un taux de pauvreté (43% contre 31 dans le nord) qui tutoie les sommets et qui fait un joli couple avec un accès à l’emploi compliqué – c’est peut-être parce qu’il reste un ailleurs qui fait rimer authenticité, mode de vie vintage, météo sauvage et identité créole.

C’est comme ça. Qu’on le veuille ou non, quand on est du Sud, on est garant de quelques bons du trésor d’une Réunion qui n’a pas oublié d’où elle venait, d’une population qui ne se perd pas encore dans cette acculturation débridée relayée par les marchands du temple de la grande consommation à outrance.

Dans les boutiques des hauts, on se sert encore la main avec des sourires bienveillants, on ne se rue pas sur les blockbusters dans des multiplexes, parce qu’il n’y en a pas. On cuisine encore au feu de bois en disant merde à l’Europe. On est rural en étant fier de remplir le grenier de l’île.

Soyez fou. Optez pour Saint-Louis.

Pas étonnant donc qu’on s’y installe. D’autant que l’immobilier et le foncier restent abordables pour peu qu’on s’excentre des plages de sable noir de L’Etang-Salé, de la cité dortoir des Avirons et de cette belle ville de Saint-Pierre parfaitement lovée dans les pourtours de son lagon côté mer et de ses boîtes de nuit côté montagne.

Soyez fou ! Optez pour Saint-Louis ses myriades d’employés communaux qui s’y connaissent en décor de guerre. Enfin si vous n’êtes pas allergiques aux hausses d’impôts à répétition sur fond de gestion communale douteuse. Choisissez le calme de Petite-Île et de son joyau de Grand Anse ou l’aspect suranné de Grands Bois (pour Terre Sainte c’est malheureusement trop tard). Soyez fous ! Choisissez Saint-Joseph, l’un des derniers quartiers de l’île à avoir été colonisé, qui rattrape son retard en étant fier de son passé. Manapany, Ti Sable, Grand Galet, la rivière Langevin.

Vous êtes frapadingue ? Saint-Philippe vous ouvre ses bras chatoyants et colorés pour une immersion dans un temps lontan à peine graffiné par les élans de modernité qui frappent à sa porte.

Peu importe. Du littoral aux mi-pentes en passant par les hauts, vous aurez devant vous l’infini de l’océan et derrière les contreforts d’un volcan qui témoigne partout de son activité excentrique. Qui dit mieux ?

Sauvage ou pas, le Sud passe aussi par Cilaos, le pays d’où on ne revient pas. Un slogan qui embrasse désormais l’ensemble d’une région qui sait prendre le temps de vivre et de rattraper ses retards en regardant vers les grands espaces.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

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