Violences faites aux femmes Les cartons rouges ne suffiront pas

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Les manifestations, les rassemblements, les mobilisations- dans notre île ou ailleurs, se multiplient. Les crimes aussi. Il n’est pas certain que les cartons rouges aux violences  faites aux femmes suffiront dans une société où les coups francs ne se tirent pas que sur les terrains de football.

 

Le CEVIF (Collectif pour l’élimination des violences intra familiales) et l’AFECT (association féminine de l’Est contre tristesse, tyrannie, traumatisme) à Saint-Benoit ont à peine recueilli plus d’une centaine de cartons rouges aux violences faites aux femmes ! Il faudra maintenant les déchiffrer. La seconde édition de la manifestation lancée en 2016 avec l’Association PasseSports Océan Indien n’a pas fait que mobiliser les militantes et les personnalités qui montent habituellement au front lorsque l’actualité. A l’heure de la Coupe du monde féminine, une simple finale de football mixte a réuni gendarmes et Maison des associations sur la pelouse du stade Jean Allane. Ailleurs, dans l’ombre des journaux, les jeunes de l’US Sainte-Anne ou les éducateurs sportifs qui travaillent avec les détenus du Port se sont également manifestés pour véhiculer à leur manière le message tout au long de l’année.

«Parce que qu’elles sont faibles »

Dans les locaux peints de vert et blanc du club de football de Sainte-Anne, petits et plus grands défilent pour entendre le message ! « Qui a des filles dans sa classe… ?» Tous les doigts se lèvent. Le « moi » est chahutant. Mais sur le banc, pas une fille ! « Comment est-ce que cela se fait qu’il n’y ait pas une fille dans vos équipes… » …Grand silence… Et l’intervenant lui sait. « Vous voyez quand j’étais petit, à votre âge, il y a de cela cinquante ans, nous ne voulions jamais avoir une fille dans notre équipe lorsque l’on jouait au football ou au basket à la récréation dans la cour de l’école. Même si elle voulait vraiment venir jouer avec nous… Et pourquoi à votre avis ?» « Parce qu’elles sont faibles …» La réponse fait éclater de rire tout ce petit monde. « Oui, parce que nous pensions que les filles ne savaient pas jouer, qu’elles étaient trop faibles et allaient nous faire perdre… Et la même chose lorsque l’on faisait une course en relais… Les relais, c’étaient les garçons d’un côté, les filles de l’autre…» Tout le monde continue de rire de bon cœur.

« Pas que les coups… »

Le ton devient plus grave lorsque ce même animateur change de sujet. « Qui peut me dire ce qu’est la violence ?» Moins de doigts à se lever cette fois, et les petites cervelles prennent plus de temps à réflêchir « ben, c’est lorsque l’on tape son camarade… » « Lorsque on fait un tacle… » mais encore ? « Lorsqu’on tue quelqu’un… » La réponse fait passer un silence qui plombe l’ambiance bon enfant. Et pendant toute l’après-midi, qu’ils aient 6 ans ou 15 ans, les choses ne se passeront pas différemment. Parce beaucoup savent que parfois, trop souvent dans l’actualité, on parle de femmes, «de mamans » qui se font tuer par leurs maris, ou «par les papas » reprend la petite voix !

« Qui joue ?… Les féministes »

« Eh bien, vous voyez la violence ce ne sont pas que les coups. Les mots, les attitudes peuvent aussi être les premières violences faites aux femmes, aux filles… Lorsque l’on se croit les plus forts, lorsque l’on n’accepte pas les filles dans son équipe… » Loin des débats télévisés désormais presque convenus à chaque drame, loin, loin des bilans annuels ou des marches blanches qui continuent de mobiliser, à Sainte-Anne, les footballeurs de David Hoarau seront peut-être les meilleurs ambassadeurs de la prochaine génération. Ailleurs, à l’école, au collège, ou au lycée on leur parlera sans doute du sexisme ordinaire.

D’ailleurs lorsque les débats évoquent la coupe du monde de football féminin et les bleues, qu’on leur demande « et alors qui est sur le terrain… ? « Les féministes… » répond-il, tout de son innocence…

A… 89 ans, au Cevif, Thérèse Baillif, elle, a dû reprendre son bâton de pèlerin pour réveiller certaines consciences, bousculer, presque hurler contre les injustices, les violences faites aux femmes. Le 3 août prochain, les footballeurs de la rue de Saint-Paul prendront eux aussi le relais pour sensibiliser les détenus de la prison du Port aux dégats des violences faites aux femmes. Mais pour certaines, il est trop tard.

Sourires aimables et poignées de main septiques

Il y a trois ans lorsque PasseSports Ocean Indien, le Cevif et l’Afpar s’est rendu à la préfecture pour présenter la première édition de Cartons rouges aux violences faites aux femmes, la délégation avait été accueillie avec un sourire aimable et des poignées de main septiques mais pas de financement, bien sûr « Le football ? comment allez vous parler de femmes battues avec du sport et en plus du football…, et faire de la prévention » Il vaut sans doute mieux mobiliser les moyens, les énergies uniquement dans les états généraux et les débats. Pas de quoi décourager ceux et celles qui travaillent sur le terrain. La deuxième édition de Cartons rouges aux violences faites aux femmes l’a prouvé. L’organisation d’une troisième convaincra-t-elle définitivement. Thérèse Baillif et ses troupes sont tenaces.

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