Volontariat international en entreprise : « Pas besoin de faire Sciences Po Paris ou Polytechnique pour postuler »

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Originaire de La Possession, Kevin Themyr est VIE aux Seychelles auprès du Club Export Réunion après avoir travaillé pour l’Ambassade de France. Il encourage nos jeunes étudiants à franchir le pas de l’expatriation pour muscler leur parcours professionnel.

 

Vous êtes Volontaire international en entreprises aux Seychelles pour le CLUB Export Réunion, qu’est-ce qu’un VIE ?

VIE, ou Volontariat International en Entreprise, est un dispositif d’appui au développement des entreprises françaises à l’international qui consiste à mettre en relation un jeune diplômé qualifié en quête d’une expérience professionnelle et une entreprise / institution privée qui exprime un besoin et un engagement fort dans le développement de ses activités à l’international.

Qui gère ses VIE ?

Business France a été mandaté par l’État. Ce dispositif est présenté via la plateforme Civiweb, sur laquelle les offres disponibles sont régulièrement actualisées. Elles sont réparties aux quatre coins du Monde. La plateforme propose aussi du volontariat pour l’administration (VIA) pour les aficionados du secteur public.

Quels sont les postes concernés ?

Aussi bien des postes d’ingénieurs, que de business developper en passant par la gestion des ressources humaines et juridiques. Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir été embauché par le Club Export Réunion pour le co-développement de ses activités avec la Seychelles Chamber of Commerce & Industry.

Quel est votre parcours ?

Pas besoin de faire Sciences Po Paris ou Polytechnique pour postuler à une offre de VIE ! Après un Bac S obtenu avec une mention Bien, j’ai fait mes classes à la fac de Droit au Moufia où j’ai obtenu ma licence spécialisée droit international et économique, et un diplôme universitaire davantage orienté sur les sciences politiques. À partir de ce moment, j’ai fait le choix de ne pas poursuivre en master et me donner une année pour envisager l’avenir. J’ai jeté mon dévolu sur un Working Holiday Visa en Australie pour travailler, pratiquer l’anglais et éventuellement avancer dans ma quête de sens. Après l’hôtellerie, j’ai poursuivi mes péripéties en Asie à Bali, en Malaisie et du Japon avant de rentrer à La Réunion.

Et ce retour ?

J’ai eu la chance de tomber sur une annonce de France Volontaire pour un profil de juriste intéressé par la gestion de projets et par l’univers diplomatique. J’ai décroché un poste de chargé de coopération régionale à l’Ambassade de France aux Seychelles. Ce fut une expérience enrichissante. Malgré mon manque de compétences initiales en gestion de projets, en protocole diplomatique et en coopération décentralisée, j’ai pu accompagner une cinquantaine de projets. C’est dans ce contexte que j’ai rencontré le Club Export Réunion où je suis depuis maintenant 6 mois. Je suis content de renforcer mes compétences dans l’événementiel, la coopération économique régionale et le commerce international.

Quel regard portez-vous sur la vie sociale et économique aux Seychelles ?

Les Seychelles sont un pays remarquable, à plusieurs points de vue et notamment au niveau des potentialités qu’ils recèlent, qu’ils soient économiques ou humains. Sur le plan humain, j’y ai rencontré des personnes passionnées par le développement du secteur privé de leur pays, des personnes engagées dans les enjeux de coopération internationale ou régionale, d’autres contre les fléaux que sont la pauvreté, le trafic de drogue, les violences domestiques ou le réchauffement climatique, des personnes qui vont se former en Malaisie, en Australie, en France ou aux États-Unis pour revenir ensuite exprimer leurs acquis. Sur le plan économique, les opportunités sont légions et méritent que l’on s’y attache sérieusement.

Quelles similitudes avec La Réunion ?

“Kozeman kreol” oblige, le degré de similitude entre nos traditions créoles est grand. Je me souviens de ce moment où j’ai pris un curry pwason (bourzoi), pensant goûter une spécialité locale. En fait, c’est notre carri poisson à la maison ! Je me souviens aussi d’un colloque à l’Université des Seychelles autour de la langue créole. J’avais l’impression que l’on parlait tous la même langue. Il y a aussi une flagrante proximité culturelle.

Quelles différences ?

Elles sont liées à notre histoire, notre insularité particulière et nos perspectives de développement économiques. Elles persistent naturellement mais j’ai bon espoir qu’elles ne soient jamais vraiment un obstacle au rapprochement de nos territoires. J’en ai personnellement fait un cheval de bataille pour nos entreprises notamment. D’ailleurs, c’était la thématique des rencontres d’affaires Réunion-Seychelles que nous venons d’organiser à Mahé.

Quelle place pour les Réunionnais aux Seychelles ?

De mon point de vue de technicien de la coopération ultra-marine, nous entretenons des relations de coopération solides avec les Seychellois à tous les niveaux avec ambassade dynamique et des collectivités territoriales engagées. Au-delà de la coopération, sur le plan économique, je suis à peu près convaincu que personne ne nous attend nulle part, aussi fantastiques que soient nos expertises, nos compétences ou nos produits. 
Que l’on veuille s’implanter, vendre un service, ou faire un stage professionnalisant, il faut venir au moins avec un projet qui fait sens personnellement, avec l’ambition de le concrétiser jusqu’à son terme et avec une humilité absolument nécessaire. On aussi a la chance aujourd’hui d’être accompagné par des institutions comme le CNARM ou France Volontaires, qui ont l’infini mérite de rendre service aux jeunes en mal d’opportunités en leur donnant la possibilité de se développer personnellement et professionnellement.

Que diriez-vous aux Réunionnais qui hésitent à venir y travailler ?

Que le pays parfait n’existe pas, et que on est un peu notre plus grand ennemi : on s’attend souvent à ce qu’une nouvelle destination colle fondamentalement avec nos standards alors que, justement, cela ne va très certainement pas être le cas. C’est là où ça devient intéressant : on est alors en mesure de se détacher peu à peu de ses standards pour se mettre à la place de l’autre, des autres, pour mieux se connaître. Lorsque l’on fait le choix de partir, c’est pour chercher quelque chose que l’on n’a pas ou que l’on a plus, au moment où ce choix est fait. Challenge ? Nouvelle vie ? Thérapie ? Qu’elle soit d’une courte ou d’une longue durée, l’expatriation est une expérience positive qui va vous faire vivre d’excellents moments, comme des moments difficiles mais qui vont vous enseigner ce qui vous manque… Et si vous hésitez encore, soyez sûre d’une chose : le monde n’est pas si grand que ça si bien que vous trouverez toujours un amateur de rougail “saucisses / letchis / toute sak ou vé” jamais trop loin de vous pour vous supporter !

Comment les Seychellois voient-ils La Réunion ?

« Ou vini from la Réunion ? sa movey bon sa mon dalon : la Reunion couzin Sesel. Mon kontan la Réunion”. Je pense que tout est dit, non ?

© Crédits photo : NDLR, Site Club Export

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