Fabrice Salaï : « Actuellement le monde sportif local se croit bon ! »

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Bordeaux et Orléans : Fabrice Salaï a côtoyé le très haut niveau en hockey sur gazon alors qu’il avait été détecté en jouant au hand sur un terrain en béton au Chaudron. Une spécialité qui ne facilite pas la reconversion à La Réunion. Il devient donc préparateur physique. Parcours d’un personnage qui ne mâche pas ses mots quand il parle de sport local et d’intégration sociale.

 

Un Réunionnais dans l’élite française du hockey sur gazon, étonnant non ? Rappelez-nous votre parcours…

« J’ai commencé à 15 ans sur un terrain de béton au Chaudron. Alors que je faisais du handball, et de la boxe avec Mr Gevia, sur le même terrain, il y avait les entrainements de hockey. Un ami me disait à chaque fois « vient joué, i voyage un bon peu dan sport là. » Et au premier entrainement, un entraineur national (Claude Windal) en stage à la réunion me remarque et me sélectionne pour le championnat de France jeunes, ensuite j’intègre le pôle France. La phrase qui m’a marqué en arrivant au CREPS avec les entraineurs : « maintenant, c’est fini les vacances. » J’intègre ensuite les équipes de France jeunes pour revenir ensuite à La Réunion car j’étais en échec scolaire.

C’est la fin de votre carrière de haut niveau ?

« Non, en 1997 je repars pour le Bataillon de Joinville et l’Équipe de France. En même temps je signe aux Girondins de Bordeaux, club de première division de hockey gazon. Mais la même année je me blesse gravement au genou. Sur le lit d’hôpital, mon entraîneur me ramène un dossier d’inscription pour la formation d’entraineur à l’INSEP car je n’avais aucun diplôme scolaire. En 2001, je termine ma carrière de haut niveau à Orléans avec une reconversion au sein de la ligue du Loiret comme CTF.

« Nul n’est prophète en son pays »

Comment s’est passé votre retour à La Réunion ?

« En 2002, je deviens papa. Ma femme accouche sans moi car je suis retenu en Métropole pour mes examens nationaux (BEES 2 et 3eme degrés à l’INSEP). Puis je deviens responsable d’une maison de jeunes Orléans. C’est la plus belle expérience de ma vie. En 2006, je rentre. Il a fallu tout recommencer à zéro. Il fallait prouver à nouveau mes compétences. Si j’étais un joueur de football, j’aurais eu plus de chance de trouver un travail, avec un BEES 2E degrés de hockey sur gazon, non ! Mais La Fédération Française de Hockey finit par créer un poste pour moi au sein de la ligue de hockey de La Réunion. Ensuite, je me suis orienté vers la préparation physique… »

Vous êtes passé ensuite par la natation, le handball et le football comme préparateur physique, quels points communs ?

« Dans chaque discipline, je garde le souvenir de jeunes athlètes qui ont soif d’apprendre.
Sur le plan personnel, une remise en question permanente. Chaque discipline a sa logique et son degré de complication pour un préparateur physique. J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs entraineurs donc à chaque fois il fallait cette remise en question car le sport était soit individuel ou collectif. J’ai beaucoup appris dans l’échec car la réussite c’est toujours pour les sportifs et la défaite, c’est pour les entraineurs ou le staff.

« L’échec de ces jeux des îles est un exemple même »

Vous n’êtes pas réputé pour utiliser la langue de bois. Un coup de gueule à passer à propos du monde sportif à La Réunion ?

« Actuellement le monde sportif local se croit bon ! Alors que c’est le contraire, Je pense que l’échec de ces jeux des îles est un exemple même. Le grand gagnant n’est pas l’île Maurice mais les Seychelles par rapport au nombre d’habitants. Les dirigeants du monde sportif local ne se remettent pas en question mais recherchent un bouc émissaire, c’est la faute des collectivités ou de l’État. Alors qu’il faudrait se dire que peut-être que les clubs sont malades et n’arrivent plus à tenir le rythme. Car l’État se désengage et les collectivités recherchent la gloire à travers des résultats d’équipes séniors. Avoir du résultat quitte à négliger la formation des jeunes et à recruter des joueurs professionnels ou des mercenaires.

Votre regard est très sévère…

« À rechercher la gloire et le résultat, les ligues renchérissent sur les obligations, les pénalités. Elles exagèrent sur les déplacements des dirigeants vers la Métropole. Ces mêmes dirigeants qu’on retrouve partout même en tant qu’éducateurs, arbitres ou sur les postes très stratégiques dans une collectivité. Tous ces exemples résument les priorités de nos clubs et ce qui est infligé par nos dirigeants aux sportifs. Et on conceptualise trop le sport, on se pose trop de questions mais pas les bonnes. Il n’y a pas si longtemps, il y avait en moyenne deux athlètes dans chaque discipline en Équipe de France jeunes ou sénior et c’était logique. Alors qu’aujourd’hui, dès qu’il y a un athlète au sein de l’équipe de France dans une discipline on est content. Et on se contente de peu. L’école du sport m’a permis d’évoluer et de rester toujours en éveillé car elle ne m’a jamais laissé tranquille. Je parle en connaissance de cause, car ces mêmes dirigeants ne croyaient pas que j’étais pluridisciplinaire, je préfère en rire…

« Il y aura très peu de Réunionnais aux prochains jeux de Tokyo en 2020 »

Quels combats êtes-vous prêt à mener pour améliorer les choses ?

«Aujourd’hui je fais à mon niveau. J’accompagne et oriente les jeunes sur les formations, soit je suis leur tuteur, ou leur formateur quand on veut de moi. Il faudrait changer les dirigeants. J’ai déjà essayé de travailler avec eux mais la réalité est difficile à entendre. Ça fait maintenant 16 ans que je suis rentré et il y a toujours les mêmes personnes à la tête ou dans les postes de décision. Je ne suis pas encore prêt à travailler avec ces dirigeants qui n’ont pas l’ambition de changer ni leurs fonctionnements ni leurs méthodes travail. Il y a trop de gens qui pensent à leurs intérêts avant l’intérêt du sport.

Avez-vous le sentiment d’être resté politiquement correct lors de vos réponses ? Il y a-t-l des choses que vous n’avaient pas exprimées ?

« Je ne sais pas. L’avenir me le dira. Je déplore juste qu’il n’y aura que très peu de Réunionnais lors de prochains jeux de Tokyo en 2020… »

© Crédits photo : Album personnel de Fabrice SALAÏ

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