Football et solidarité : « Éviter qu’ils n’aillent grossir les rangs des enfants mendiants »

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1 Ballon = 1 ami, c’est l’opération orchestrée par Miora pour l’académie de son village Ampahimanga situé à 40 km d’Antananarivo, la capitale aux deux millions d’habitants dans la Grande île voisine. Une académie de football pas comme les autres qui a aujourd’hui ses relais à La Réunion. Cela pourrait réveiller la nostalgie des grands talents malgaches que la Réunion a connu.
Depuis la venue du Pape François dans la grande île voisine, les malgaches sont sans doute encore plus nombreux à la messe du dimanche. Mais il en manquera toujours un, Miora ! Que le Pape ait été un footballeur dans sa jeunesse, ou que le Père Pedro aurait pu devenir lui-même un joueur professionnel en Argentine, ne changera rien. Coursier et propriétaire d’un petit snack, il prend tous les dimanches la route d’Ampahimanga à 40 km de Antananarivo, la capitale aux deux millions d’habitants. Sans se faire prier, Il y va pour retrouver les jeunes de son académie de football.
Ils sont à peine une trentaine mais qu’importe, c’est celle de son village perdu au milieu de nulle part. Miora quitte religieusement la capitale vers 7h en taxi brousse. Quand tout se passe bien, il lui faut une heure pour rejoindre la piste à Magantani où il continue à pied à travers la piste. Pour rejoindre les enfants une heure et demie, à deux heures après, sac sur son dos. Il y a Eddy « le petit sprinteur », Safidy « celui qui fait des kilomètres pour venir s’entrainer », Laza et Teddy « les deux frères », Ohary « le responsable des ballons » ou encore James « le responsable des plots. » De 9 à 15 ans, il n’y a pas de catégorie d’âge. Tout le monde joue…En attendant de vrais matchs et peut être un mini bus « au moins pour découvrir le pays ».

Ils font une heure de marche pour venir à l’entrainement

Il n’y a que des occasions comme le récent match de l’équipe national gagné 1 à 0 à la 93ème minute contre La Namibie, dans le grand stade national de Mahahasima, pour voir maître Miora, (comme l’appelle les enfants), reporter son rendez-vous avec eux. Mais il aura bien pris soin de laisser les consignes pour la semaine. Qu’ils jouent pieds nus sur un terrain de poussière ne le gêne pas. « Jouer pieds nus c’est très bon pour apprendre. » Juste à côté, il y a bien le terrain du lycée qui regroupe tous les villages aux alentours « mais il est en mauvais état et très cabossé. »
Quelques enfants, explique Miora, font une bonne heure de marche pour rejoindre le terrain. Maintenant dans les villages aux alentours, cela se sait. « Et certains parents les envoient… » D’autres n’ont pas la même chance. « Ils doivent garder les zébus ou aider la famille dans les maigres champs… » Ceux-là n’iront pas non plus à l’école. « Les parents ont déjà du mal à financer les effets scolaires pour certains alors comment voulez-vous qu’ils paient une licence, une paire de chaussures ou un ballon. Je veux tout faire pour que tous les enfants puissent venir jouer. » Pas de filles pour l’instant. « Elles sont trop timides encore, elles n’osent pas. Elles craignent peut-être que leurs parents ne soient pas d’accord. » Une petite fille qui joue au foot ? « C’est pourtant la seule distraction des enfants du village. »

Mobiliser grâce aux réseaux sociaux

Miora ne veut pas seulement collecter de l’argent pour acheter des ballons ou des chasubles à sa petite bande mais aussi des effets scolaires. Talentia Akadémia c’est aussi leur offrir de l’éducation. En malgache, Talentia c’est Tanora, Lafatra, Endry, sy, TAratra : jeune parfait, sage et modèle. L’académie a été créée en juillet 2012 à Tamatave et le 25 aout 2018 pour le village d’Ampahimanga : « J’ai lancé l’académie à Ampahimanga pour les garder dans le village. Il faut éviter qu’un jour, ils veuillent aller, comme les autres, à Tananarive, en croyant trouver de l’or. C’est là qu’ils finissent à la rue et vont grossir les rangs des pauvres, de ceux qui n’ont rien à manger et dorment dehors sans avenir. » Alors les poulains de Miora l’attendent religieusement tous les dimanches vers 10h !
Sur la route, Miora fait quelques provisions. « La dernière fois j’avais amené du chocolat que l’on m’avait offert pour eux, certains n’en avaient jamais goûté. » « Quand on offre son propre ballon à un enfant, son sourire n’a pas de prix. » C’est pour cela que Miora, l’ancien gardien de but aujourd’hui âgé de 33 ans, a monté l’opération 1 ballon = 1 sourire ! Il a activé tout son réseau et forcément Facebook où la diaspora malgache arrive à se mobiliser autour de lui. Récemment, il attendait un colis de Russie d’une compatriote malgache. Mais le colis se faisant attendre, il craignait de ne pas le voir arriver du tout. Un vrai bonheur de l’ouvrir enfin à bon port. Cahiers, stylos, friandises et ballons.

Inviter des recruteurs réunionnais à dénicher des talents à Madagascar

Depuis peu, 1 ballon = 1 ami a même une antenne à La Réunion. Le 29 septembre dernier, le tournoi féminin organisé à La Possession a été l’occasion de présenter l’action de Miora. Les équipes présentes ont découvert que le sport et le football, c’est aussi la solidarité. Pamella, jeune joueuse au grand cœur de l’AFF Saint-Benoit a même glissé spontanément un billet de 5 euros dans l’urne. Dareen et Farys, à peine 13 ans, et de passage, y sont aussi allés de leur pièce pour faire « un heureux avec un euro » !
Après un premier contingent de chasubles « réunionnais » que Miora a pu acheter pour ses gamins, ces derniers recevront des ballons supplémentaires. Qui sait si l’année prochaine les grandes sœurs, qui jouent dans l’académie de Tamatave, ne seront pas présentes cette fois au 4e rendez-vous de l’Académie de la Possession et les équipes de l’inusable Paul Ravail.
À La Réunion, l’élan de solidarité envers Miora et les siens gagnent du terrain. Les projets ne manquent pas pour se souvenir que des Harry, Setra et autres géniaux Tsimba ou Mosa ont fait le bonheur du football local. Beaucoup ont la nostalgie de cette époque généreuse en grands talents malgaches sur nos terrains. D’ailleurs, Miora a déjà une petite idée derrière la tête. Pourquoi ne pas organiser des détections à Madagascar et y inviter des recruteurs locaux.

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