Interview Gary Hoareau : Chef d’entreprise et champion de La Réunion de Jiu Jitsu Brésilien

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À 36 ans, Gary Hoareau vient de remporter son premier titre de champion de La Réunion en Jiu Jitsu Brésilien (catégorie des moins de 76 kilos). Une discipline que ce Possessionnais affectionne pour ses valeurs et ses enseignements qu’il applique dans la vie de tous les jours.

Diplômé de l’ESSEC Business School, Gary Hoareau a également été le président du Rotary Club de la Possession.

« Je suis chef d’entreprise d’une agence 100% digitale dans l’immobilier, un concept que je développe après avoir passé 15 ans en tant que cadre d’une compagnie d’assurances. Un milieu dans lequel je me sentais bien mais où je ressentais le besoin d’avoir plus de liberté pour avancer et pouvoir faire ce que j’aime. J’ai également été très investi dans le domaine associatif et notamment auprès du Rotary où j’ai fondé et présidé un club. Un poste très prenant dont je me suis retiré pour pouvoir me consacrer en priorité à mon entreprise et au Jiu Jitsu.»

Comment avez-vous découvert le Jiu Jitsu Brésilien ?

« J’ai débuté le Jiu Jitsu Brésilien il y a 4 ans par l’intermédiaire d’un ami, Mohamed Samsoudine, lui-même champion d’Europe. À la base, je souhaitais juste retrouver une activité physique pour me remettre en forme mais j’ai décidé il y a deux ans de m’y consacrer plus sérieusement avec près de 3 heures d’entrainements chaque jour. »

Que vous apporte le Jiu Jitsu en tant qu’entrepreneur ?

« J’apprends énormément sur moi-même et je réalise grâce au Jiu Jitsu que je suis mon propre ennemi. Quand je monte sur le tatami, j’apprends à canaliser mes émotions plutôt que de me focaliser sur mon adversaire. C’est ce travail que je reproduis également en tant que chef d’entreprise où je dois manager une équipe, gérer des émotions et rester concentré sur mes objectifs. Le Jiu Jistu m’apporte énormément dans tous les domaines de la vie. »

Quelles qualités sont nécessaires pour réussir dans cette discipline ?

« Selon moi, le plus important est de ne pas avoir trop d’ego. C’est primordial. Les personnes qui ont trop d’ego ne peuvent pas réussir dans le Jiu Jitsu car ils se perdent dans leur volonté de soumettre, de dominer l’autre. Ils passent à côté de tout le travail, la méthode et le respect de l’adversaire qui est essentiel pour progresser. Encore une fois, on en revient au travail sur soi-même. »

Est-ce que c’est une discipline qui intéresse les plus jeunes à La Réunion ?

« Malheureusement, le Jiu Jitsu n’est pas encore très connu et reste une discipline qu’on peut juger élitiste à cause des tarifs. Les cours sont entre 40 et 50€ par mois en moyenne et à cela on doit ajouter le prix des équipements et des kimonos ce qui peut être réfractaire pour des jeunes notamment de quartiers défavorisés. C’est justement pour cette raison que nous avons monté avec des associés, un club accessible aux adolescents à la Possession, avec des tarifs nettement inférieurs (15€ par mois) pour permettre au plus grand nombre de découvrir cette pratique. »

Quels sont vos ambitions désormais vis-à-vis du Jiu Jitsu ?

« Je dois préparer les Championnats d’Europe qui auront lieu à Lisbonne en Janvier. Concernant notre club, on est réellement désireux de toucher plus de jeunes. Je suis persuadé que le Jiu Jitsu peut les aider dans la vie de tous les jours en leur transmettant des valeurs telles que le goût de l’effort, le respect de la hiérarchie, de l’autre et de soi-même. Pour moi, l’enjeu à l’avenir, ce sera de pouvoir transmettre les valeurs de ce sport. »

À travers vos lunettes de chef d’entreprise et de sportif, quelle est votre regard sur la situation de La Réunion aujourd’hui ?

« De façon générale, je n’apprécie pas la tournure que prennent les choses à La Réunion. Je pense que beaucoup de personnes sont perdues et notamment les jeunes de l’île. C’est dû à une société qui évolue beaucoup trop rapidement, sans qu’on s’en rende compte et qui implique que des personnes se retrouvent en manque de repères. À La Réunion, trop de personnes subissent ce changement qui n’était pas aussi radical pour les générations précédentes. Professionnellement aussi, le digital bouscule les codes et oblige les sociétés à s’adapter. »

Avez-vous des personnes qui vous inspirent au quotidien ?

« Bien sûr, je dois mon parcours à mes mentors qui m’ont pris sous leur aile quand j’étais perdu. Je pense surtout à Hervé Lebigre (ancien directeur dans la finance désormais promoteur immobilier) que j’ai rencontré à la base grâce au sport et qui m’a fait confiance et m’a permis d’avoir un emploi malgré le fait que je vienne d’un milieu défavorisé. C’est grâce à ce genre de personne qui m’ont tendu la main alors que j’avais 15 ans que j’ai pu avoir le parcours que j’ai aujourd’hui. »

© Crédits photo : Gary HOARAU et Lu'nivers BJJ

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