JIOI 2019, Interview de Yves Ethève, président de la ligue réunionnaise de football : « Les Jeux doivent absolument évoluer…»

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Si l’ouverture officielle des Jeux des îles de l’Océan Indien s’est tenue officiellement ce vendredi 19 juillet, la compétition aura débuté en amont dans les coulisses où les premiers tacles se sont déjà fait sentir. Pas de carton rouge mais un premier avertissement pour le comité d’organisation (COJI) qui aura donné de belles frayeurs à l’ensemble de la délégation Réunion.

 

Les festivités sont lancées et c’est la sélection de la Réunion de football qui a ouvert le bal en affrontant les Maldives en journée anticipée de ces 10èmes Jeux des îles. Une victoire 4 à 0 qui n’aura pas suffi pour faire oublier les déboires administratifs de cette semaine au président de la Ligue Régionale de Football, Yves Ethève :

« La situation est très simple, les Mauriciens à la façon des Anglais sont très rigides sur le règlement. Ils s’appuient sur des normes dans lesquelles il convient de ne pas sortir ou alors bien en amont. De plus, Maurice a tendance à vouloir déstabiliser la Réunion et c’est à nos amis du CROS, dont nous dépendons, de ne pas céder et de marteler la nécessité d’obtenir les accréditations des officiels des ligues et comités ainsi qu’un certain nombre de billets payants ou gratuits. »

Pourtant le Comité Régional Olympique et Sportif de la Réunion (CROS) affirme avoir envoyé les demandes d’accréditations dans les temps ?

« Ce n’est en aucun cas de la faute du CROS, je pense que c’est le COJI qui se doit de respecter les îles invitées en informant au moins un mois ou deux avant que certaines accréditations ne pourront pas être attribuées et non pas la veille du départ. C’est important que ces choses-là soient organisées en amont et que tous les détails soient pris en compte pour que la manifestation se déroule au mieux dans l’intérêt de tous. »

Pensez-vous que c’était volontaire de la part du Comité d’Organisation des Jeux des Îles Mauricien ?

« Oui et non, ils font peut-être un peu exprès, ce sont leurs méthodes, mais c’est à nous de ne pas s’en laisser conter. On se doit d’être très précis dans nos démarches et de pousser les coups de gueules quand il le faut. Le fait d’être monté au créneau a permis de faire bouger les choses même si tout le monde n’a pas encore eu son précieux sésame, cela devrait rentrer dans l’ordre prochainement. Maintenant la compétition a débuté, il s’agit de ne pas pénaliser les délégations, si toutefois des problèmes venaient à persister, nous les réglerions par la suite. »

Entre les problèmes de billetterie, ceux liés aux accréditations, pensez-vous que la fête sera tout de même réussie lors de ces JIOI ?

« À mon avis, oui ! Pour deux raisons. La première étant que le peuple mauricien est avide de manifestations sportives. Ils sont très proches de leurs équipes et viendront en masse pour les soutenir dans l’ensemble des disciplines. Pour les détails organisationnels, je pense qu’ils vont se régler petit à petit. Pour avoir des billets pour les matchs de la Réunion, il faudra s’armer de patience sur internet mais il sera possible de les avoir. Pour les matchs où joue l’Île Maurice, c’est un peu plus compliqué. »

Malheureusement, on constate que ces couacs diplomatiques font chaque année partie des Jeux des Îles ?

« Selon moi, ces désagréments doivent disparaître. Les Jeux des îles devraient sortir du contexte politique actuel. De nombreuses îles se situent dans l’Océan Indien et devraient pouvoir participer comme l’Île Sainte-Marie, Nosy Be ou encore Rodrigues même si elles sont sous la souveraineté d’un pays. Ne serait-ce que dans quelques disciplines, mais elles devraient avoir le droit de se présenter. On doit élargir le nombre de participants afin d’être dans l’esprit de jeux régionaux et pas qu’on en fasse une rivalité entre les nations. Si on ne sort pas de ce contexte politique, les jeux resteront perçus pour beaucoup comme une vaste mascarade. Ce n’est pas normal par exemple que les Comores interviennent pour empêcher Mayotte d’utiliser le drapeau national, c’est inacceptable. Ça prouve que notre gouvernement et celui de Mayotte n’assument pas leurs responsabilités. Les générations qui arrivent n’accepteront plus ces choses-là. Je me souviens à Madagascar, le Premier Ministre malgache de l’époque avait pris la décision de ne plus remettre les médailles aux vainqueurs (réunionnais) et à ses joueurs battus en finale. A moi, de lui rappeler avec beaucoup de diplomatie, son rôle malgré leur déception. On se doit d’être intransigeant avec un Comité d’éthique international comprenant toutes les fédérations et ligues ou comtés des iles de l’océan indien ou tout simplement le CIO qui s’assure que les officiels jouent leur rôle à juste titre et ne soient pas influencés par les politiques des pays organisateurs »

Sur le plan sportif la sélection de la Réunion vient de remporter son premier match, êtes-vous confiant pour la suite ?

« Je pense que nous sommes bien armés. Si toutes les conditions sont réunies, ce qui n’est pas toujours le cas dans de tels jeux, alors on peut maintenir notre objectif qui est de ramener la médaille d’or. Si on joue avec la peur de se blesser ce sera difficile, mais Jean-Pierre Bade est un compétiteur et j’ai confiance dans le fait que le groupe va monter en puissance au fil des matchs. Mayotte joue de manière très engagée, les Comores peuvent surprendre avec des joueurs qui évoluent à l’étranger. Maurice doit être pris au sérieux à domicile alors que Madagascar a donné sa priorité à la Coupe d’Afrique des Nations, possède un réservoir de jeunes talents qui peuvent les permettre d’engranger une phase en finale. »

© Crédits photo : Ligue Régionale de football et Jeux des Îles 2019

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