« La Réunion est vraiment différente de celle que j’ai quittée »

0
1183

En 1992, Elvire Téza avait quitté Saint-Benoit, à l’âge de 12 ans, pour rejoindre l’élite nationale de la gymnastique. Elle a retrouvé La Réunion il y a deux ans comme cadre de la DRJSCS, la Direction régionale de la jeunesse du sport et de la cohésion sociale. Deux Jeux olympiques figurent à son palmarès : ceux d’Atlanta en 1996 et de Sydney en 2000.

Comment avez-vous trouvé le sport réunionnais à votre retour de métropole ?

Je connaissais peu l’organisation du sport à La Réunion avant mon retour en septembre 2017.
J’ai découvert un milieu associatif fort, avec des bénévoles investis et préoccupés par le bien-être et l’amélioration des conditions d’entraînement des sportifs. J’ai pu rencontrer l’ensemble des acteurs du sport de Haut Niveau, de part ma mission de correspondante du sport de Haut Niveau à la DJSCS.
J’ai aussi pris conscience de l’importance de l’action des acteurs publics (l’État et les différentes collectivités territoriales) dans l’équilibre du milieu sportif, aussi bien dans le secteur Haut Niveau que la pratique sportive pour tous.

« Les points d’inquiétudes restent les mêmes qu’il y a 25 ans… »

Quelle différence entre un jeune sportif réunionnais qui en 2019 va tenter sa chance en métropole et l’époque où vous avez quitté La Réunion ?

Des différences, il y en a beaucoup ! La Réunion de 2019 est vraiment différente de celle que j’ai quittée en 1992 à l’âge de 11 ans. Les infrastructures sportives et les conditions d’entraînement ont beaucoup évoluées, elles se rapprochent petit à petit de celles que l’on retrouve en France hexagonale. Grâce aux différents partenariats existants, notamment avec le Rectorat pour la mise en place d’horaires aménagés, ou avec les entreprises qui emploient des sportifs de haut niveau et les libèrent pour leurs entraînements ou déplacements compétitifs, grâce aux conventions d’insertion professionnelle signées avec l’État et les fédérations.
Du coup, on pourrait penser que la « marche » est un peu moins haute à franchir lorsque les sportifs doivent intégrer des structures de niveau supérieur.
Cependant, dans le cadre de la cellule d’accompagnement que je gère en collaboration avec le CREPS, lorsque je rencontre les sportifs qui ont pour projet de partir, je me rends compte que les points d’inquiétudes restent les mêmes qu’il y a 25 ans : la gestion de la distance, l’impact affectif de la séparation avec la famille, la peur du « froid », la différence d’alimentation… les familles et les sportifs se posent les mêmes questions que mes parents et moi-même il y a quelques années!
Les nouvelles technologies facilitent la gestion de la distance, on peut appeler ses parents plusieurs fois par jour ou les voir en visio. Pour ma part, à l’époque, c’était un appel par semaine, le dimanche soir pour que la note de téléphone ne soit pas trop salée…

Que souhaiteriez-vous apporter au sport réunionnais aujourd’hui ?

Je souhaiterais apporter ma contribution, grâce aux différentes expériences que j’ai vécues au travers de mon parcours sportif et professionnel, au sport réunionnais, qui est déjà bien organisé et duquel émerge d’ores et déjà de grands talents.
D’avoir été une gymnaste de Saint-Benoît ayant quitté ses parents et sa maison familiale de Bras-Panon pour vivre son rêve olympique, par deux fois, mais aussi d’avoir par la suite préparé ma reconversion et accédé au concours de professeur de sport, et avoir fait partie du collectif d’entraîneurs nationaux et responsable du pôle France de Marseille, me permet d’avoir certaines réponses à apporter aux sportifs, aux familles, mais aussi aux entraîneurs et à l’encadrement des structures.

« Les sports collectifs sont plus médiatisés que les autres. »

Les sportifs réunionnais semblent davantage briller en sports collectifs que dans des disciplines individuelles, quel regard portez-vous sur ce phénomène ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce constat. Nous avons également à La Réunion de très bons Karatékas, judokas, parachutistes… ainsi que de futurs grands golfeurs, gymnastes et autres. Peut-être que les sports collectifs sont surtout plus médiatisés que les autres.

Une figure porte son nom dans la gymnastique mondiale

Elvire Téza a « depuis toujours » une grande admiration pour Patrice Casimir (ndlr : aujourd’hui éducateur sportif municipal au Port) qui a été le 1er gymnaste à tenter l’aventure antiboise à la fin des années 80. Un autre de ses modèles reste Jackson Richardson, « pour son talent, son palmarès mais également la personne qu’il est. » Et parmi les figues actuelles ? « Il est difficile pour moi de vous citer un sportif actuel qui m’inspire. J’ai beaucoup de respect pour l’ensemble des sportifs qui s’investissent dans ce projet de vie, qu’ils réussissent à atteindre leurs objectifs ou non, ils m’inspirent tous par cette abnégation qu’ils mettent au service de leur rêve. »

Dans le monde de la gymnastique mondiale, Elvire Téza a notamment laissé son empreinte à travers une figure à la poutre qui porte son nom : « La Téza », une vrille complète en position transversale enchaînée sur un tour d’appui.

« On n’a jamais parlé de Marie-Lucille Prianon… »

Une réaction ? Un kozé ?
Publicité