Le sport handicap souffre mais ne renonce pas

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Ligue régionale de sport adapté ou Comité régional handisport : le sport handicap est bien présent à La Réunion. Pourtant, il souffre, et plutôt en silence quand ce n’est pas parfois dans l’indifférence.

 

Dans la famille du sport handicap, il faut distinguer deux familles. Celle qui, à travers la ligue régionale de sport adapté, s’adresse aux autistes, aux trisomiques, ou aux déficiences mentales et troubles psychiques, et celle du Comité régional handisport regroupant les handicaps physiques.

Autour du président Jean Baptise Juany, la ligue régionale de sport adapté propose la pratique du haut niveau avec du football, de la natation, de l’athlétisme, de la pétanque, du handball. Des activités motrices et des sports-natures sont également programmées. Près de 300 licenciés se retrouvent au sein de 8 clubs. Saint-Denis, Saint-Benoît, Saint-André, Le Port, Saint-Paul, Saint-Pierre, le Tampon ou Saint-Leu : le tour de l’île est presque bouclé. Les athlètes de la ligue régionale sont présents aux jeux des Iles depuis 2003. Avec les aides financières qui se réduisent comme une peau de chagrin, le manque d’encadrants spécialisés dans certaines disciplines, est aussi un véritable frein à la pratique.

Le rêve d’un Réunionnais sur un podium de Paris 2024

En sports adaptés, chacune discipline dispute son championnat régional alors que l’athlétisme, le football et natation se déplacent pour les championnats de France. « Tous nos clubs sont surtout issus de la volonté des familles avec un très grand investissement des proches, explique l’infatigable Georges-Marie Nacoulivala. Fort de 16 titres nationaux l’an dernier avec ses athlètes, « Nacou » rêve d’un Réunionnais sur un podium aux prochains JO de Paris en 2024.

Chez Handisports, 19 clubs sont repartis à travers l’île.

Basket-ball, athlétisme natation, pétanque, tennis, football, kayak, Boccia (pétanque), tennis de table ou badminton : les disciplines ne manquent pas. Pourtant, il y a désormais, à La Réunion, un peu moins de 400 licenciés contre près de 1000 il y a huit ans. Par manque de moyens, le comité régional est passé de 10 salariés à deux contrats aidés. Il vient également de perdre, Annie Amacouty, sa conseillère technique, faute de pouvoir continuer à financer son poste.
Le handicap des pratiquants y demande souvent un accompagnement plus conséquent afin de pouvoir leur faciliter les déplacements et les encadrer. Le soutien de bénévoles répond de moins en moins aux besoins. Alors, malgré leurs gros sacrifices et leurs efforts, petit à petit les familles renoncent à leur offrir cette bouffée d’oxygène.

La Réunion représentée aux derniers Jeux de Rio

Aux derniers Jeux des îles, la délégation handisport  était encore en nombre. Saut en longueur, 200 m en duo, 1500 m non voyants , 1500 fauteuil ou encore natation… : les athlètes peï ont contribué au palmarès des médailles réunionnaise. Des médailles qui devraient encore être présentes aux prochains rendez-vous dans l’île sœur. Aux jeux Paralympiques de Rio en 2016, La Réunion était représentée par Gaël Rivière dans la sélection française de football pour non-voyants.

En dehors des circuits officiels, d’autres pratiquent au sein de leurs instituts spécialisés ou avec de structures autonomes. C’est le cas des protégés de Aïcha Boukir. Avec l’ALEFPA à Saint Paul, ils disputent La Mascareigne, des marathons à Paris ou à New York, et des traïls à travers le monde au Cambodge ou vont à la découverte de la muraille de Chine. Les footballeurs de Cécifoot Réunion font aussi cavaliers seuls autour David Hoarau. Avec Nou cour kom zot, la pétillante Aïcha et son étonnante équipe ont fait à deux reprises parti des finalistes du prix Fais nous rêver de l’Agence pour l’éducation par le sport. L’an dernier, Cécifoot Réunion les a aussi accompagnés à l’Assemblée nationale pour la grande finale.

Un centre d’entraînement pour encadrer les meilleurs

Malgré les pires difficultés de son comité régional, Annie Amacouty, et son inusable optimisme, ne veut pas renoncer. « Il faut encourager les handicapés à faire du sport. Le sport, c’est la vie et c’est aussi pour eux une vie plus autonome… » Pas sûr que du côté du soutien des autorités, les signes aillent vraiment dans ce sens.

Handisport et la ligue de sports adaptés ne baissent cependant pas les bras. Ils ont ainsi uni leurs forces pour faire naître en 2013 à Saint-Denis un centre d’entraînement destiné aux athlètes porteurs de handicaps. Ces derniers sont une trentaine à en bénéficier. La ville – à travers deux éducateurs financés avec l’OMS – la DJRCS et le mécénat privé de la CRC y contribuent. Les cinq fauteuils spécialisés mis à disposition ne sont pas de trop.

De quoi y voir tout de même des faibles lueurs d’espoir pour entretenir la flamme. Nacou, lui, continuera à remuer ciel et terre pour valoriser le sport handicap. Comme, à quelques jours du départ d’une équipe pour l’hexagone, il lui fallait encore, ramer pour trouver 600 petits euros et boucler son budget.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

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