“On n’a jamais parlé de Marie-Lucille Prianon…”

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Il n’y a pas que sa 4ème place sur 10 000 mètres aux Jeux Olympiques de Séoul en 1988 : Jean-Louis Prianon est depuis des années un personnage très médiatique et très médiatisé du sport local. Mais que n’a-t-on jamais dit à propos du si populaire natif de Saint-Joseph ? Son charisme pourrait en inspirer plus d’un !

Jean-Louis Prianon, en quarante ans, de quoi n’a-t-on jamais parlé à propos de vous ?

Pensif, Jean-Louis Prianon réfléchit… « À l’âge de 12 ans déjà – il en a aujourd’hui 58 –  on parlait de moi, – il rit – depuis des années je suis dans les journaux et j’ai répondu à toutes les questions. À 17 ans, je suis parti en France comme athlète de haut niveau. À 54 ans je courais encore. J’ai beaucoup occupé l’espace dans la presse. »  Et soudain l’éclair : « Si, en fait, on a très peu parlé de ma famille, et surtout de ma femme. Ah oui, on n’a jamais parlé de Marie-Lucille Prianon, pourtant derrière chaque sportif, il y a une femme. On me posait toujours des questions, mais on n’en a jamais posé à ma femme. Donc voilà quelque chose dont je n’ai jamais parlé – il sourit – Elle a toujours été là à mes côtés. Son rôle a été important, elle s’est occupée seule de nos enfants quand je n’étais pas là. D’ailleurs elle a arrêté de travailler à la naissance du premier. Il y avait les problèmes qu’elle n’évoquait pas, quitte à me cacher pendant une semaine qu’un enfant était malade, pour que je puisse courir la tête tranquille… Ça n’a pas dû être tous les jours facile pour elle. Et toutes ces longues absences, moi toujours partout et toujours ailleurs, même aujourd’hui. » On sent Jean-Louis Prianon soulagé d’avoir ainsi pu « réparer » une injustice !

Arrivé au Bataillon de Joinville j’ai dû parler français…

Inutile d’insister, Jean-Louis Prianon trouve de lui-même autre chose qu’il n’a jamais dit …

« À 17 ans, lorsque je suis allé en métropole seul, j’étais très très timide. Arrivé là-bas j’ai été obligé de parler – il rit – et ça, ça m’a décomplexé. Au Bataillon de Joinville, il n’y avait pas un seul créole, donc je n’avais pas le choix : quand je parlais je devais le faire en français ! Ensuite, aujourd’hui, on parle peu de ma nouvelle carrière, celle de présentateur sportif sur O’TV. C’est un pari que j’ai pris à 56 ans. J’aurai pu dire : non je ne sais pas faire, ce n’est plus de mon âge. Aujourd’hui, on me confie même davantage de responsabilités dans le choix des émissions, dans la réalisation. Me voilà avec une nouvelle carrière, et je n’en parle jamais. Dire que j’étais tellement timide avant… »

Une anecdote que vous n’avez jamais évoqué à propos de votre carrière de sportif ?

« Oui, le fait que si j’ai raté tous les championnats de France, où j’étais favori à l’époque, c’était à cause du stress. J’étais bien préparé, mais la veille de la compétition c’était fini. Je stressais trop. Je me souviens par exemple qu’à Tours, où j’étais encore le grand favori, je n’arrivais pas à dormir, il fallait que je sorte de ma chambre. Si bien qu’à trois heures du matin, je me suis levé et je suis allé me promener dehors. Je me suis retrouvé à la gare où j’ai côtoyé les SDF. Personne ne l’a su. Evidemment, j’ai encore raté mon championnat de France. J’ai fini deuxième… »

Ma femme et mes enfants m’ont félicité par télégramme

4ème des Jeux Olympiques de Séoul en 1988, Jean-Louis Prianon se souvient aussi du télégramme qu’il a reçu de sa femme et de ses enfants : « Il n’y avait pas de portable. » Il sourit à nouveau. « Il y aussi quelque chose dont personne n’a finalement trop parlé. Ces jeux s’étaient très mal passé pour la France, avec une seule médaille, et encore par équipe (le bronze pour le 4X200 mètres), aucune individuelle. Donc, avec ma 4ème place, j’étais le meilleur athlète français de ces Jeux Olympiques. Personne n’a fait attention à cela.Hervé Quénéhervé a fini 5ème du 200 mètres, il y a eu des 6èmes places, des 7èmes, des 8èmes, mais moi avec ma 4ème, toutes disciplines confondues, j’étais le meilleur athlète français. Tiens, oui, voilà quelque chose dont on n’a pas parlé, ou si peu… » Il rit encore, avec ce rire sonore reconnaissable parmi tous les autres !

Une blessure dont il parle peu

Il a eu l’occasion de s'exprimer sur le sujet dans un courrier 
des lecteurs, peut-être passé de manière plutôt anonyme. 
Mais aujourd’hui, Jean-Louis Prianon en parle plus ouvertement.
Avoir été viré du centre de loisirs jeunesse du Chaudron 
est une vraie blessure. Revenu à la Réunion comme animateur social
dans la police, il en avait assuré la direction pendant 10 ans 
entre 2000 et 2010. « Ceux avec qui je l’ai construit s’y étaient 
investis corps et âmes. Jouer aux foot ou monter des projets 
humanitaires avec les jeunes n’empêche pas les policiers de faire
 ensuite leur travail face à d’autres situations avec les jeunes.
 C’est vrai, on ne peut pas toujours dire, « Ce n’est pas grave, 
t’inquiètes pas. » Il faut aussi de la répression, de la juste répression.
 Mais de l’animation et de la prévention, beaucoup d’associations 
le font peut-être, pourtant ce contact particulier de la police 
avec les jeunes, personne ne le faisait. Ce centre de loisirs, 
qui permettait aux jeunes et aux policiers de mieux se connaître,
 est tombé en ruine. J’en veux à ceux qui ont fait n’importe quoi
 avec cette structure. Je n’ai pas peur de le dire. J’en suis très
 malheureux, c’est une grande déception… »

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