« Pour nos jeunes, sportifs ou pas, la mobilité devrait être un passage obligé »

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« La boxe et surtout le Moringue ont marqué la vie de Jean-René Dreinaza ! Son message aux jeunes : visiter le monde pour rencontrer d’autres façons de penser, et de « partager notre culture du vivre ensemble. »

Qu’est ce que le sport vous a apporté ?

Jean-René Dreinaza sourit… « … ll y a plusieurs réponses… » il rit même de bon cœur… puis se fait pensif : « Je dirai que l’univers a horreur du vide et que le futur est de nature changeante… La vie n’a jamais été facile pour mes parents, pour nous. J’ai eu des parents merveilleux, des amis merveilleux aussi mais j’ai vécu dans des quartiers de bidonville, et je me suis dit je ne serai jamais comme ça. La résilience m’a aussi permis d’avancer. Alors je dis merci à La République, à l’éducation. Mon premier éducateur était un entraineur de football, gramoun Salam …

« Je dis merci à La République, à l’éducation… »

Comment êtes-vous alors venu à la boxe…

« En fait, j’ai découvert qu’au football quand on gagnait, la coupe allait chez l’un et chez l’autre. Moi je voulais la garder pour moi… » Il rit encore. « Au collège, j’ai fait la connaissance d’un professeur de maths qui aura beaucoup compté pour moi, Jean Pierre Languet. Il était venu à La Réunion pour créer la ligue de Boxe, voilà pourquoi. Ce professeur a été pour moi un modèle, il s’est beaucoup occupé de moi… Même si je me suis retrouvé exclu de l’école en raison de mon manque de capacités… «  Il rit à nouveau.

Qu’êtes vous alors devenu ?

« Eh bien disons qu’après la 3e je me suis retrouvé dans la vie active, disons dans la vie accélérée. Mais franchement je ne me suis jamais inquiété pour mon avenir. J’étais confiant, j’avais confiance en moi. Je suis parti à l’armée pour un an dans la Meuse, et finalement j’ai signé pour dix ans de boxe avec la métropole.

Vous avez boxé à l’armée ?

J’ai été grenadier voltigeur, j’ai fait des stages commando, j’ai été formé aux combats héliportés. Cela m’a aguerri au sport. L’armée a forgé mon caractère. Quand je suis rentré après mon service, mes retrouvailles avec M Languet m’ont lancé dans le grand bain. On me répétait «  le petit il tient la route… »  Cela a fini avec deux titres de champion de France et un titre de champion d’Europe ainsi que mon brevet d’éducateur…

« Il faut visiter le monde… »

Et que dirait l’éducateur aux jeunes d’aujourd’hui…

« Tout d’abord ,que comme nous vivons à 10 000 km de la métropole,  pour nos jeunes sportifs ou pas, la mobilité est un passage obligé. Il faut visiter le monde, rencontrer d’autres gens, d’autres façons de faire ou de penser, d’autres modèles de vie mais c’est aussi l’occasion de partager notre richesse du vivre ensemble avec d’autres…

Que vous a apporté le Moringue ?

… « Le Moringue ?  Je le dois à ma mère. Sans elle, je ne serais pas le Moringue. Elle était une fervente pratiquante. Elle m’a bercé dans ce monde, dans nos racines africaines. Et c’est en France que j’ai pris conscience de ces racines. En rentrant, j’ai aussi compris qu’à la Réunion il y avait des traces de tout notre métissage sauf de l’Afrique. Toutes les communautés étaient représentées avec leurs fêtes, leurs coutumes, leurs édifices religieux mais il n’y avait pas de traces de nos ancêtres africains. Il faut que chacun garde ses racines pour mieux vivre ensemble encore, que l’on respecte les valeurs, l’histoire les racines de chacun…

« Le Moringue ? J’aimerai pouvoir passer le témoin »

Deux titres de champion de France et un de champion d’Europe : Jean René Dreinaza fait partie des palmarès nationaux de la boxe réunionnaise. Il avait fait ses premiers pas de compétiteur dans les rings à l’époque où la discipline n’était qu’un sport de démonstration. L’autre combat de sa vie, c’est celui pour la reconnaissance du Moringue avec notamment l’ouverture du centre qui lui est dédié à Sainte-Suzanne ! Un regret :  que le Maloya, pourtant classé patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco, ne dispose PAS lui aussi d’un lieu de mémoire ou d’expression. «Le Moringue et le Maloya doivent nous permettent aussi de partager avec le monde. Avec Sudel Fuma et le conservatoire, nous avons déjà fait un gros travail. j’aimerai aujourd’hui pouvoir passer le témoin.  C’est un travail qui n’est pas encore achevé… »

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