Tatyan Lui-Hin-Tsan : né pour gagner

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Tatyan Lui-Hin-Tsan a fait de l’adage « transformer son rêve en réalité » une ligne de conduite. Concentré sur ses études et sa carrière de champion en BMX, le jeune possessionnais mène sa vie sportive de main de maître, le casque vissé sur la tête et les doigts rivés sur le guidon. Les titres de champions en plus… Rencontre entre deux entraînements.

Tout quitter pour la métropole, c’est un choix difficile ?

Cela l’a été effectivement. Quitter son île à 14 ans, ses amis, sa famille pour aller vivre chez un couple de retraités à Saint-Étienne, aussi sympas soient-ils, ce n’est pas évident. Quand tu viens de la Possession, et que tu dois tout réapprendre, changer tes repères, alors là oui ce n’est pas facile. Heureusement le club de BMX de Saint-Étienne m’a soutenu. Et on s’adapte.

C’est aussi mon parcours qui l’a voulu. Mon père Didier, champion de motocross, m’a initié très jeune, dès 5 ans au BMX, ne voulant pas que je suive ses traces en motocross. Il voulait me préserver d’un sport violent physiquement. Mais je n’ai pas de regret, il y a une vraie passerelle entre ces deux sports de compétition. Le BMX est aujourd’hui plus qu’une passion.

Bien évidemment, ma famille me soutient financièrement, et j’ai pu bénéficier d’une aide de la Région Réunion.

Avec mes résultats aujourd’hui, j’ai aussi deux sponsors qui m’assurent le côté matériel.

Quelle est ta journée type ?

Je suis scolarisé au lycée Sports-études de Saint-Étienne. J’alterne les heures de cours et d’entraînement, avec beaucoup de vélo et de musculation. Mon nouveau coach Julien Perrier m’a concocté un programme basé sur l’endurance et le renforcement musculaire, avec un suivi diététique.

Physiquement, j’ai beaucoup progressé. En fait je suis passé de trois entraînements par semaine à 3 heures par jour. Cela fait toute la différence, c’est le haut niveau où il faut savoir faire des sacrifices.

J’ai aussi un coach mental, une psychologue qui m’aide à retrouver la confiance dans les moments de doute. C’est aussi cela la compétition. Le mental, c’est essentiel. Quand tu as des gros coups de mou, cela te permet de te remettre dans le droit chemin et de te concentrer sur tes objectifs.

Quels sont les pilotes que tu admires ?

À la Réunion, c’est incontestablement Moana-Moo Caillé qui a participé aux JO de 2012 et terminé 3ème aux championnats du monde à Birmingham en Angleterre.

Il y aussi Romain Mayet, meilleur réunionnais en élite, ce qui prouve qu’il y a un bon niveau en BMX à La Réunion.

Au niveau national, Richard Ragot, champion du monde junior, qui est dans mon club. Sur le plan international, je voue une admiration sans bornes au Letton Maris Stromberg, double champion olympique de la discipline en 2008 et 2012.

Après presque deux ans en métropole, quel bilan retires-tu de ton expérience et quels conseils donnerais-tu à ceux qui veulent franchir le pas ?

Aujourd’hui, je suis très entouré. J’ai emménagé chez les De La Hogue, que je connaissais depuis la Réunion. Leur fils est aussi très impliqué dans le BMX. C’est un peu ma nouvelle famille.

Mes parents viennent me voir régulièrement et m’accompagnent sur les grands rendez-vous. C’est important pour moi de pouvoir compter sur leur soutien moral, de savoir qu’ils sont là. Je suis motivé et je reste concentré sur mes objectifs qui seraient de pouvoir mener une carrière aux États-Unis, considérés comme la Mecque du BMX. Et aussi pouvoir me qualifier pour les Jeux olympiques.

La compétition implique forcément une bonne hygiène de vie, une préparation physique adaptée et un mental d’acier. Ce qui sous-entend quelques sacrifices au niveau des sorties, de l’alcool, de la bringue en général. Faire attention à ce que l’on mange, savoir conjuguer le sport et les études. Alors oui, si de jeunes réunionnais veulent tenter l’aventure, je leur dis cent fois oui, à condition d’être prêt et de connaître les contraintes que cela entraîne. Les grandes satisfactions aussi…

Paroles de coach

Sébastien Fontaine, entraîneur au Bi-Cross Club Omega, a été le coach
de Tatyan pendant de longues années, de 5 ans à 14 ans. Il l’a initié
 à la discipline et se souvient de ses débuts :

« J’ai rapidement vu que Tatyan avait un fort potentiel, une rage 
de vaincre hors du commun et de réelles prédispositions pour ce sport.
Très passionné, il se démarquait de ses concurrents par sa grande 
motivation à toujours vouloir faire plus. Très déterminé, il ne 
rechignait jamais dans les entraînements qu’il suivait dans les catégories
supérieures. Ce n’est pas quelqu’un qui renonce. C’est un combattant, 
il ne capitule jamais. Abandonner ne fait pas partie de son vocabulaire.

En tant que coach, j’ai très vite détecté en lui des traits de caractère
qui le plaçaient au-dessus du lot. Il a en lui cette hargne du vainqueur, 
cette envie indéfectible de toujours vouloir se surpasser, donner le 
meilleur. Pour transcender son sport.

Mais ce que j’apprécie aussi chez lui, c’est le fait qu’il a su rester
humble. Il revient tous les ans au club pour s’entraîner avec ses potes,
ses titres mondiaux ne lui sont pas montés à la tête. Il a toujours 
autant de plaisir à rouler à La Réunion même si les pistes sont moins 
roulantes et moins pentues. Là-dessus on a encore du travail pour être 
au niveau des infrastructures métropolitaines.

La marque du vrai champion, c’est de savoir où il va. Son but : accéder
à l’élite avec en ligne de mire les Jeux olympiques. Il y sera, c’est sûr ».

Tatyan Lui-Hin-Tsan (16 ans) en chiffres

2016 :

  • Champion de La Réunion
  • Champion de France et d’Europe Minime

2017 :

  • Champion de France à Bordeaux (cadet 1ère année)
  • Champion d’Europe à Bordeaux
  • Champion du Monde à Rock Hill (USA)

2018 :

  • Champion de France à Sarzeau (cadet 2eme année)
  • Champion d’Europe à Sarrians
  • Champion du Monde à Bakou (Azerbadjan)
© Crédits photo : Pierre MARCHAL
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