Terre promise

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Retour sur le début de carrière de celui qui a remporté 20 fois le titre de champion de La Réunion de motocross.

De la vitesse radicale au motocross

Élevé à la baguette dans une famille modeste, Pascal Dorseuil n’aime pourtant pas rouler au pas. Avant de succomber à l’ivresse des bosses, cet enfant de la pousse succombe d’abord aux vertiges de la vitesse radicale sur son Peugeot 103 qu’il monte à 140 km/h un vendredi soir en pleine zone industrielle de Saint-Pierre. Attiré comme un aimant par un univers où s’entrechoquent rivalités rigolardes, pilotages exubérants et mécaniques survitaminées, le futur champion sait que son destin se conjuguera en mode deux roues.  « J’aimais, comme mes copains, traficoter mon moteur, comprendre comment il fonctionnait. En plus, la moto roulait de mieux en mieux ».

Déjà testeur et développeur dans l’âme, le jeune Dorseuil, candidat permanent au grand frisson, comble avec ses amis pousseurs son appétit pour les défis et sa soif de performance pure.

Jusqu’au moment où la griserie finit par céder sa place à la réflexion. Le jeune homme fait ses comptes. Et ne s’y retrouve pas. Le rendez-vous rugissant du vendredi qu’il affectionne tant s’avère être au final une faucheuse draconienne. Trop de blessés, trop de morts. La pousse, c’est l’un de ses codes tonitruants, ressemble de trop près à de la roulette créole. « Je me suis dit, d’accord pour prendre des risques, mais c’est moi qui les calcule. J’ai choisi le motocross pour canaliser mon énergie en m’inscrivant dans un cadre réglementaire ».

Une famille de travailleurs

Direction le terrain Bory où Pascal Dorseuil scelle son union sportive avec la terre. Tout en achevant son 103 non conçu pour résister au traitement de choc de son propriétaire, il fait ses classes de pilote aux côtés de son mentor Claude Caro. « Le bruit, la vivacité, voir une moto se cabrer, ça m’a toujours fait vibrer ». Première course en Régionale 3 au Brûlé, première victoire sur une 125 CR prêtée par l’ami Caro, premières ambitions officielles : Dorseuil a les crampons dans les gènes, ça se voit et ça s’entend.

De petits boulots en rencontres providentielles, sans jamais rien devoir à personne comme le lui a enseigné le dogme familial, le petit génie de la Rivière-Saint-Louis bosse dur. « Dans la famille, nous sommes des bosseurs. Je gagnais 100 francs par semaine, ça me permettait d’entretenir la moto ». Quand il n’arrose pas des salades ou ne livre pas de la pierre artificielle pour Serge Turpin, employeur-tifosi de la première heure, il gère son statut de champion en construction avec audace et abnégation. Réglages, pilotage, condition physique, rien n’est éludé.

Idem côté budget. Pas question de solliciter papa-maman malgré la tentative de feu Lisette Dorseuil de soutenir son fils adoré. C’est seul que son Pascal fait face aux réalités financières incompressibles de son dada rugissant. « Mon père faisait partie de cette génération qui considérait qu’une fois l’école terminée, on devait aller au champ, nourrir les animaux. Ça surprendra peut-être mais je l’ai fait. J’ai tout construit ». Le temps, le dialogue et les liens du sang aidant, Dorseuil père est aujourd’hui un supporter inconditionnel du fiston.

La réussite en ligne de mire

Comment pourrait-il en être autrement ? Avec dix-neuf titres de champion de La Réunion, un team à son nom plein de promesses et une entreprise fleurissante spécialisée dans le sport mécanique, Pascal Dorseuil symbolise une réussite entière. « S‘il n’y avait pas eu cette foutue chute, il aurait pu percer chez les pros ». Cette confidence d’un journaliste et ami du pilote traduit un sentiment partagé par l’ensemble de la communauté motarde réunionnaise et métropolitaine.

Après plusieurs séjours en métropole et quelques belles rencontres (Demester, Thain, Monzo…), Le Riviérois est fauché en pleine voie de professionnalisation lors d’un super cross à La Réunion en octobre 2003. Traumatisme crânien, rate et poumons mal en point, Dorseuil s’invite cinq jours en réanimation et mettra plus de six mois à s’en remettre. On le dit fini. Pas pour Philippe Mallet qui lui offre un job assorti d’une remise en selle au volant d’une KTM.

Tout le monde connaît la suite de l’histoire. L’année 2018 restera l’année de la consécration avec son vingtième titre de champion de la Réunion ; titre qu’il dédie à son complice André-Paul Bébot. En attendant de sortir un ou plusieurs champions cent pour cent Dorseuil, son objectif absolu.

© Crédits photo : Pierre MARCHAL

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