Les cours de l’or noir n’en finissent plus de donner le tournis aux investisseurs. Lundi, le brut a violemment dévissé, cédant 7 % dans la foulée de déclarations de Donald Trump qui laissaient entrevoir une issue favorable aux négociations avec Téhéran. Sur le papier, le marché a voulu croire à la fin d’un conflit ouvert de trois mois et à la réouverture imminente du détroit d’Ormuz, quand bien même le calendrier d’un tel accord demeurait particulièrement flou. Dans ce climat d’optimisme soudain, les marchés à terme ont brutalement décroché : le Brent, référence internationale, a lâché environ 7 % pour clôturer à 96,14 dollars le baril, tandis que le WTI (West Texas Intermediate) plongeait de plus de 6 % à 90,30 dollars.
Cette chute prolongeait d’ailleurs la dynamique baissière de la semaine précédente, où le brut américain et le Brent avaient déjà fondu de 8 % et 5 % après que Washington eut suspendu des raids imminents pour donner une vraie chance à la diplomatie. Le président américain s’était même fendu d’un message sur les réseaux sociaux pour assurer que les discussions avec la République islamique se déroulaient « très bien ». Toujours fidèle à sa rhétorique, le locataire de la Maison-Blanche a posé un ultimatum binaire : ce sera « un accord exceptionnel pour tous, ou pas d’accord du tout », prévenant au passage que l’Amérique n’hésiterait pas à repasser à l’offensive si les pourparlers venaient à capoter. En coulisses, l’échiquier moyen-oriental est en pleine effervescence. Trump a formellement pressé l’Arabie saoudite, le Qatar, le Pakistan, la Turquie, l’Égypte et la Jordanie de s’arrimer aux accords d’Abraham afin de normaliser leurs relations avec Israël. Une agitation diplomatique confirmée sur le terrain par l’entrevue entre le chef des négociateurs et ministre des Affaires étrangères iranien et le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, pour tenter d’ébaucher une sortie de crise.
L’ombre du 28 février et l’asphyxie d’Ormuz
Deal ou pas deal ? La question reste entière, tant les précédentes annonces présidentielles vantant une résolution express se sont régulièrement heurtées à la réalité d’un terrain hyper-volatil. Et pour cause : depuis le 28 février, point de départ d’une guerre déclenchée par des frappes israélo-américaines ayant coûté la vie à l’ayatollah Ali Khamenei et à d’autres caciques du régime, les prix du baril ont flambé de plus de 30 %.
En guise de riposte, Téhéran a imposé dès début mars un blocus de facto sur le détroit d’Ormuz. Désormais, tout navire doit obtenir un blanc-seing iranien pour transiter, sous peine d’être pris pour cible. L’impact est tout simplement dévastateur. Ce goulot d’étranglement stratégique, par lequel transitait jusqu’alors 20 % de l’offre mondiale, est quasiment paralysé, amputant drastiquement les exportations moyen-orientales et provoquant la plus grave rupture d’approvisionnement de l’histoire pétrolière. Washington n’est pas en reste et verrouille les ports et navires iraniens, un blocus qui restera « pleinement en vigueur » jusqu’à la signature en bonne et due forme d’un accord certifié, a rappelé le président.
Un cessez-le-feu sous très haute tension
L’illusion d’une accalmie aura finalement fait long feu. De nouvelles tensions sont venues foudroyer le fragile cessez-le-feu qui liait Washington et Téhéran : l’armée américaine a mené des frappes, qualifiées de strictement défensives par son état-major, contre des vedettes et des lance-missiles dans le sud de l’Iran. Résultat immédiat sur les places boursières, la tendance s’est brutalement inversée.
Le pétrole a repris des couleurs, regagnant plus de 2 % sous l’effet de l’incertitude. Le Brent s’est hissé à 95,24 dollars le baril, s’offrant même des pointes à 99,07 dollars (+3,1 %), tandis que le WTI s’est redressé à 91,77 dollars, accrochant même les 92,89 dollars en cours de séance. L’Iran brandit à nouveau la menace de représailles militaires, même si le fil des pourparlers n’est pas officiellement rompu. Comme l’analyse finement Peter Cardillo de Spartan Capital, le brut retrouve une dynamique haussière évidente. Bien que quelques millions de barils parviennent encore, au compte-gouttes, à se faufiler par Ormuz vers leurs destinations finales, la guerre des mots qui parasite les négociations ne fait que repousser l’horizon d’une paix véritable. Coincé entre des signaux diplomatiques contradictoires et la poudre qui parle sur le terrain, le marché navigue plus que jamais à vue.